Les théories sur l’évolution de la peinture (1) : introduction. par Gérard Magnette

Analyser l’évolution de l’art comme le font les théoriciens de cette discipline est d’un intérêt majeur pour la compréhension des œuvres. Car en rendant compte de l’évolution artistique le théoricien dégage des critères et des principes qui permettent de comparer les œuvres par leurs ressemblances mais aussi dans le même temps par leurs différences. 

Cette comparaison construit une vue synoptique des œuvres d’art à travers les différentes époques, mouvements artistiques, styles, artistes…

Cette vue synoptique et globale affine la perception et la compréhension artistique et peut être considérée comme le fondement d’une approche esthétique.

Certes, ces théories sont différentes et souvent analysées comme antagonistes, mais en adopter une c’est déjà améliorer sa compréhension des œuvres d’art. Mais en outre, sont-elles aussi opposées que leurs apparences veuillent le montrer ?

L’approche formaliste telle que la développe Clement Greenberg se construit sur le principe que chaque art recherche à accroître sa spécificité, dans le cas de la peinture par la recherche de la planéité. L’œuvre est ainsi analysée pour elle-même dans la logique d’un art autonome. 

On ne peut lui donner entièrement tort car comme le montre Paul Klee, la peinture de par sa nature possède ses propres moyens d’expression. Klee en fait élargi la notion de planéité de Greenberg en définissant les moyens plastiques–ligne, clair-obscur, couleur–qui permettent l’expressivité du peintre. On peut donc admettre que la peinture a sa propre logique par l’utilisation de moyens qui lui sont spécifiques et que cette logique interne influence inévitablement son évolution. Les peintres qui innovent se situent nécessairement par rapport aux moyens formels utilisés par les peintres qui les ont précédés.

L’approche sociologique de Bourdieu quant à elle élargi la compréhension de l’œuvre aux conditions sociales de son apparition. L’autonomie de l’art n’est rendue possible que par des conditions sociales proprement historiques. On ne peut certes aussi réfuter les fondements de cette analyse. Les peintres ne sont pas issus de la cuisse de Jupiter, ils ont tous nécessairement une histoire sociale.

Face à ces diverses théories, il faut donc découvrir le point de vue à partir duquel elles se proposent. Le point de vue formaliste adopte le point de vue de l’œuvre elle-même, indépendamment de tout contexte social. Ce dernier par contre est mis en avant par le point de vue sociologique qui rend possible la compréhension de la spécificité d’un peintre et de ses œuvres. Et de comprendre pourquoi ces œuvres provoquent une rupture dans le champ artistique.

L’approche formaliste adopte le point de vue de l’apparition du tableau comme objet en lui-même, l’approche sociologique le point de vue de l’apparition sociale du peintre. Quant à Paul Klee, enseigné par sa pratique même de peintre, il ne sépare pas l’activité créatrice de l’œuvre qu’elle produit. Le monde, l’artiste et l’œuvre sont nécessairement liés.

Gérard Magnette

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