Les théories sur l’évolution la peinture (2) : le formalisme de Clement Greenberg. par Gérard Magnette

Le critique d’art américain Clement Greenberg (1909-1994) est considéré comme le représentant influent de la méthode formaliste aux Etats-Unis dans les années 60.

La dénomination « formalisme » est utilisée pour décrire l’évolution de l’art comme étant une évolution dépendante d’un principe interne, autonome, immanent à l’art lui-même. Dans cette conception, l’évolution de l’art n’a pas de rapport avec le contexte social extérieur. L’art poursuit sa propre fin en évoluant selon ce principe interne qui lui appartient en propre. On retrouve ici la notion de « l’art pour l’art ». Cette affirmation d’un seul principe évolutif immanent conduit Greenberg à analyser les œuvres d’art exclusivement en termes de logique artistique interne, adoptant de fait un point de vue formel.

Dans un article faisant référence « La peinture moderniste, 1965, traduction sur le net : appareil.revues.org 17/2016. », Greenberg développe l’idée que chaque art développe ce qui lui est spécifique. En se retranchant par cette recherche toujours renforcée de sa spécificité, chaque art devient « pur » et gagne ainsi son excellence et son indépendance.

Pour Greenberg, la spécificité de la peinture est la surface plane de la toile ou du support. On peint sur un support plan à deux dimensions. Cette planéité de la surface est le seul élément exclusif de l’art pictural et la seule condition que la peinture ne partage pas avec un autre art. Par exemple, avec la sculpture qui est définie spécifiquement par sa tridimensionnalité.

La peinture « pré-moderniste » ne cesse de donner l’illusion de l’espace sur la toile -haut/bas ; gauche/droite ; avant/arrière- en utilisant diverses techniques. Citons pour exemple la perspective linéaire qui crée de la profondeur en utilisant le principe que le plus éloigné est le plus petit et en mettant les objets à la même échelle. Mais aussi le modelé qui donne l’apparence de volume aux objets représentés par l’utilisation du clair et de l’obscur.
Le Modernisme -dont Manet a été, pour Greenberg, le fondateur-va revendiquer cette planéité (bidimensionnalité) de la surface en abandonnant la représentation d’un espace tridimensionnel. Le Modernisme a ainsi repoussé les limites que sont les règles et les conventions essentielles de la peinture – la représentation de l’espace- en faisant le choix délibéré et revendiqué de la planéité du tableau.

Le Modernisme est un art d’avant-garde qui a conquis son autonomie en se dégageant des contingences utilitaires et pratiques des activités technique et industrielle et de la vie quotidienne. (Cf. son article Avant-garde et kitsch, dans AC)

Dans son livre « Art et culture, Essais critiques, (AC) éditions Macula, 1988 (1961)), Greenberg analyse de façon approfondie les peintres qui ont contribué aux avancées du Modernisme.
C’est ainsi par exemple que Cézanne substitua « au modelé traditionnellement obtenu par les contrastes de clair et d’ombre un modelé obtenu par des différences entre tons chauds et tons froids » (p.65). Remarquons que cette substitution est au fondement de l’expression de Cézanne « moduler » qu’il opposait à « modeler *» (cf. « Conversations avec Cézanne », Macula, 1986).
Greenberg analyse aussi notamment le rôle du collage dans l’évolution du cubisme : « le papier collé, de par la taille des zones qu’il recouvre… établit physiquement une planéité effective non représentative » (p.92).

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* modeler : représenter les volumes par les valeurs d’un contraste de clair – obscur. La parenté avec le modelage en sculpture est manifeste. En peinture, on parle d’ailleurs d’un « effet sculptural » pour décrire l’imitation du volume d’un corps.

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